Un phénomène qui n'est plus marginal

Le cabinet Gartner a interrogé 3 000 personnes en recherche d'emploi : environ 6 % reconnaissent avoir déjà participé à une fraude en entretien, en se faisant passer pour quelqu'un d'autre ou en se faisant remplacer par un tiers. Le même cabinet estime que d'ici 2028, un profil de candidat sur quatre dans le monde pourrait être falsifié.

Le rapport Experian sur la fraude 2026 place d'ailleurs les candidats deepfake parmi les cinq principales menaces pour les entreprises cette année. Et les cas médiatisés se multiplient, comme celui de cette entreprise de cybersécurité américaine qui avait recruté sans le savoir, en 2024, un faux informaticien.

Les postes en télétravail, recrutés entièrement à distance, sont les plus exposés.

Les trois formes de fraude

Le CV fabriqué. Parcours inventé ou très enjolivé, rédigé par l'IA pour coller parfaitement à l'offre. C'est la forme la plus répandue et la plus difficile à repérer sur le papier.

L'entretien délégué. La personne qui passe l'entretien n'est pas celle qui occupera le poste. Ou le candidat est aidé en direct, hors champ, par quelqu'un ou par un outil qui lui souffle les réponses.

Le deepfake. Le visage ou la voix sont modifiés par un logiciel pendant l'entretien en visioconférence. Encore rare, mais de plus en plus accessible.

Ce qui rend la fraude facile

La fraude prospère là où le candidat a du temps et du contrôle. Du temps pour préparer des réponses parfaites avec un outil. Du contrôle sur ce qui est envoyé : un fichier vidéo retravaillé, un texte généré, une présentation répétée des dizaines de fois.

À l'inverse, elle devient beaucoup plus difficile quand le candidat doit répondre spontanément, sans connaître les questions à l'avance, dans un temps limité, et que ce qui est capté l'est en direct.

La spontanéité comme garde-fou

C'est un aspect de nos interviews que l'on met rarement en avant, et qui prend aujourd'hui tout son sens.

Des questions découvertes au moment de répondre. Le candidat ne peut pas faire rédiger ses réponses à l'avance. Il parle avec ses mots, et ça s'entend.

Une vidéo enregistrée en direct par la webcam. Le candidat ne téléverse pas un fichier préparé ailleurs : c'est l'image de sa webcam qui est enregistrée, au moment où il répond. Il est beaucoup plus difficile d'y glisser une vidéo retouchée ou générée.

Un visage et une voix associés au dossier dès le départ. Lors des entretiens suivants, le recruteur peut vérifier qu'il s'agit bien de la même personne. Une incohérence saute aux yeux.

Et sur place, avec la JobBox, la question ne se pose même pas : le candidat est physiquement dans la cabine.

Les signaux qui doivent alerter

Sans tomber dans la suspicion, quelques signaux méritent l'attention des recruteurs :

  • un parcours parfaitement aligné sur l'offre, mais impossible à approfondir dès qu'on pose une question précise ;
  • un candidat qui refuse systématiquement d'allumer sa caméra, ou dont l'image se fige au moment des questions délicates ;
  • des réponses très fluides mais génériques, avec des temps de latence réguliers avant chaque réponse ;
  • un profil en ligne récent, avec peu de contacts et des recommandations difficiles à vérifier.

Aucun de ces signaux ne prouve une fraude. Ensemble, ils justifient une vérification supplémentaire.

Aucun dispositif n'est infaillible

Soyons honnêtes : aucun outil ne supprime à lui seul tout risque de fraude. La meilleure protection reste une combinaison de bonnes pratiques :

  • vérifier l'identité au moment de l'embauche, comme on le fait déjà ;
  • croiser les étapes : vidéo, entretien, prise de références ;
  • former les recruteurs aux signaux d'alerte, comme un décalage entre le mouvement des lèvres et la voix, ou des réponses trop lisses ;
  • privilégier au moins une rencontre en personne pour les postes sensibles.

Mais dans un recrutement de plus en plus automatisé, remettre de la spontanéité et de l'humain au début du process est une protection simple, et souvent sous-estimée.